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Écrit par Frode Skar, journaliste financier.

Le baromètre de janvier envoie un signal ambigu pour les marchés en 2026

Depuis des décennies, le mois de janvier occupe une place à part dans l’imaginaire boursier. Le « baromètre de janvier » repose sur une idée simple : lorsque les marchés progressent en janvier, l’année a statistiquement davantage de chances d’être favorable. En 2026, toutefois, cette règle non écrite s’accompagne d’un astérisque majeur. Janvier a été tout sauf ordinaire, et les signaux qu’il envoie aux investisseurs sont à la fois contradictoires et fragiles.

Si le premier mois de l’année devait réellement donner le ton, les investisseurs feraient bien de se préparer à une période marquée par une volatilité élevée, des rotations sectorielles brutales et un poids croissant du risque politique sur les marchés financiers.

Un début d’année sous haute tension

Janvier 2026 s’est achevé après plusieurs semaines de mouvements violents sur les marchés. Actions, devises et matières premières ont évolué dans un climat d’instabilité inhabituel. Le dollar américain a brièvement chuté à un plus bas de quatre ans avant de se redresser, tandis que plusieurs valeurs phares liées à l’intelligence artificielle ont été sanctionnées malgré des résultats jugés solides.

Les grandes capitalisations technologiques ont illustré cette nervosité. Microsoft a subi une correction marquée, Apple a reculé, et Tesla a déçu par rapport aux attentes élevées du marché. À l’inverse, d’autres géants technologiques, comme Meta et Alphabet, ont enregistré de fortes progressions.

Cette divergence met en lumière un phénomène clé. Une grande partie de l’optimisme autour de l’intelligence artificielle était déjà intégrée dans les cours en début d’année. Lorsque les résultats n’ont pas dépassé nettement ces anticipations, la réaction des investisseurs a été immédiate et sévère.

Un mois positif en apparence, fragile en profondeur

Malgré ces secousses, l’indice S&P 500 est parvenu à terminer janvier en hausse modérée. Historiquement, ce constat est interprété comme un signal encourageant. Les données associées au baromètre de janvier montrent que, depuis la Seconde Guerre mondiale, les années débutant par un mois de janvier positif affichent en moyenne de meilleures performances annuelles.

Mais 2026 échappe en grande partie à cette lecture traditionnelle. Les gains observés n’ont pas été portés par un optimisme généralisé, mais par des mouvements sélectifs, des positions surchargées et des prises de bénéfices rapides. Il ne s’agissait pas d’un retour clair de l’appétit pour le risque, mais plutôt d’un marché en tension permanente.

Les petites capitalisations en tête

Un autre phénomène saisonnier souvent cité est l’« effet janvier », selon lequel les petites capitalisations surperforment fréquemment les grandes en début d’année. En 2026, cette tendance s’est en partie confirmée. Les indices de petites valeurs ont fait mieux que les grands indices industriels et technologiques sur le mois.

À première vue, cette dynamique pourrait être interprétée comme un signe de confiance accrue. Pourtant, elle s’est produite dans un contexte d’incertitude persistante concernant la croissance mondiale, l’évolution des taux d’intérêt et les tensions géopolitiques. Cette surperformance semble davantage liée à des ajustements techniques et à des arbitrages de portefeuille qu’à une conviction économique profonde.

La politique comme facteur de marché

Ce qui distingue véritablement janvier 2026, c’est l’environnement politique. Les investisseurs ont dû composer avec des tensions renouvelées autour du Venezuela, des menaces commerciales visant des alliés européens et une rhétorique de plus en plus agressive concernant l’Iran.

Ce climat a amplifié les mouvements de marché. Les acteurs financiers ne se contentent plus d’évaluer les fondamentaux économiques ; ils intègrent désormais le risque de décisions politiques soudaines capables de bouleverser les marchés du jour au lendemain. Dans un tel contexte, les indicateurs saisonniers perdent une partie de leur pertinence.

L’envolée puis le reflux des métaux précieux

L’un des épisodes les plus marquants du mois a été la flambée des prix des métaux précieux. L’or et l’argent ont progressé de manière quasi parabolique avant de rechuter brutalement en fin de mois. L’argent, en particulier, a aligné neuf mois consécutifs de hausse, une série inédite dans les données historiques.

Ce type de trajectoire est souvent le signe d’un comportement spéculatif. Lorsque les prix montent trop rapidement, le risque de correction s’accroît mécaniquement. Plusieurs stratèges estiment que les métaux précieux ont récemment été utilisés davantage comme des instruments de spéculation à court terme que comme des valeurs refuges de long terme.

Une amélioration des indicateurs économiques ou du moral des consommateurs pourrait rapidement faire perdre de son attrait à l’or. Historiquement, les métaux précieux s’épanouissent surtout dans les périodes dominées par la peur, l’incertitude et les tensions monétaires.

Les attentes autour des taux d’intérêt

Les marchés ont également dû digérer les discussions autour d’un possible changement à la tête de la banque centrale américaine plus tard dans l’année. Les réactions sont restées mesurées. De nombreux investisseurs rappellent que la politique monétaire est le fruit de décisions collégiales, et non de la volonté d’un seul individu.

Les anticipations de baisses de taux rapides et agressives ont par ailleurs été revues à la baisse. Le contexte macroéconomique, la situation des finances publiques et la stabilité relative des marchés ne plaident pas pour un assouplissement monétaire précipité. Cette prudence contribue à l’impression de flottement qui caractérise les marchés en ce début d’année.

Un baromètre de janvier à lire avec prudence

Que peut-on déduire de ce mois de janvier pour le reste de 2026 ? D’un point de vue strictement historique, un mois de janvier positif militerait en faveur d’une année constructive pour les actions. Cette fois, la conclusion doit être nuancée. Si les indices ont progressé, la structure sous-jacente du marché est apparue instable.

Les rotations sectorielles rapides, la montée des risques politiques et les excès spéculatifs sur certaines classes d’actifs suggèrent que le baromètre de janvier doit être interprété avec prudence. Les marchés semblent plus vulnérables que ne le laissent penser les chiffres de surface.

Une année exigeante pour les investisseurs

La principale leçon de janvier 2026 est peut-être la suivante : l’année à venir ne sera probablement pas un long fleuve tranquille. Les positions surchargées peuvent se dénouer rapidement, et les relations historiques entre actifs ne fonctionnent pas toujours dans un environnement dominé par la géopolitique et les transformations structurelles.

Pour les investisseurs, cela implique un besoin accru de discipline, de diversification et de gestion du risque. Le baromètre de janvier conserve une valeur indicative, mais en 2026, il ressemble davantage à un avertissement sur la volatilité à venir qu’à une promesse de progression régulière.

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